Collections

Dans les malles, des boîtes. Dans les boîtes, des œufs de raie, des chrysalides, des leurres, des insectes, des poissons, des oiseaux et tout un tas d'objets plus ou moins curieux inscrits sur du papier marouflé sur aluminium, et montés sur platine.
Un inventaire à la... Perec ?
Franck David aurait donc simplement réalisé une collection d'objets.
Le sujet ? Tout au plus un "paradigme mis à mort par le dessin" pour citer Derrida...
Ce travail fournirait, comme ses autres travaux de peinture, prétexte à explorer des schèmes se répondant les uns aux autres. 

Cette collection pourrait aussi n'être qu'une simple trace.
Un souvenir.
Le reliquaire d'un inventaire visuel.
De l'ordre du regard porté par le dessinateur sur les collectes du naturaliste lors d'une expédition lointaine. Ou bien encore, le compte-rendu de la visite d'un artiste peintre dans un Muséum d'Histoire Naturelle. Ce travail serait donc, en premier lieu, un regard posé sur le collectionneur en général et la muséographie en particulier...

Mais si ces petites peintures se sont vues assemblées, par séries de 8, dans des boîtes en carton, elles-mêmes agencées, par séries de 16, en malles, pour ne plus former qu'une collection, c'est avant toutes choses pour de simples questions pratiques. Pour répondre aux exigences de la classification. Pour ne pas s'y perdre tout à fait. Mais aussi par simple jeu. En clin-d'œil à la série des 127 dessins de Gérard Titus-Carmel  The Pocket-Sized Tlingit Coffin. Car ce sont bien 128 peintures dont les proportions sont proches du nombre d'or que chacune de ces malles contient. Et là où les 127 dessins de Gérard Titus-Carmel sur la boîte se trouvent à côté de la boîte, les 128 peintures se trouvent quant à elles dans la boîte.

Non, avant tout, ce qui a présidé à la création de cette collection se trouve être une tentative de mise à plat du processus qui forme le tableau.
Sa déconstruction en quelque sorte car l'enjeu d'une séance de peinture, de la couche picturale qui en résulte, qui nourrit le tableau, qui l'anime, littéralement par le fond, est voué à une constante mise à mort. La question était donc de lui rendre des comptes, de lui laisser une chance d'exister dans une dé-dramatisation du geste du peintre.
Jeu de dupe bien évidemment car l'enjeu, ne serait-ce que par la réinvention des moyens mis en œuvre pour ce travail de miniaturiste, sur chaque petit dessin, chaque petite peinture, reste exactement le même.

La conséquence principale de ce simple geste se trouve être une dilatation du temps du tableau, du temps de la peinture. Ce ne sont pas des strates qui se donnent à voir mais bien plutôt des moments dont l'accrochage final, en lignes rigoureuses composées d'ensembles de 8 à 128 pièces par sujet pour les petits formats et de 3 à 18 pièces pour les plus grands formats, fait la somme, rend compte.